mercredi 13 février 2013

Une très belle histoire (et vraie)


      « ll n’y a rien de plus bête qu’une poule »  me dit  mon ami Adolphe, un jour que nous étions en train de les regarder s’ébattre dans un petit poulailler attenant à sa maison .

Suite à ces paroles, je revis en images une poule sur le bord de la route, la traverser, affolée, lors du passage d’une voiture, lorsque, tranquille, là où elle était, rien ne l’obligeait à traverser.

Et pourtant ! ….

Oui et pourtant !......

Des années et des années ont passées. J’ai eu ma petite maison, nantie d’un peu de terrain et bien sur, si l’autre voisin avait des lapins, moi j’avais des poules. Elles étaient là en libertés, fidèles dans l’attente de leur pitance du matin qui se résumait à une forte pelletée de maïs que je ne manquais pas de leur lancer, à tout vent, avant que je parte au travail.
A part cette pelletée de maïs que je leur lançais tous les matins, rien d’autre ne m’obligeait. Et le plaisir de les voir toute la journée, gratter le sol à droite à gauche, affairées, animant l’environnement de leur jacassement et le matin à l’aurore le chant des cops s’appelant, s’interpellant depuis les quatre coins de la propriété, je trouvais cela, pour moi, très compensateur.
Ce qui m’amusait particulièrement c’était de voir certains jours, une poule disparue depuis quelque temps, réapparaître soudain, entourée de sa marmaille de poussins nouveaux nés 
C’était la Nature qui faisait et puis défaisait les choses, et je me trouvais bien dans cette ambiance où seule c’était la loi de la Nature qui jouait. Et étant là, je me sentais intégré en Elle.

Les jours, les mois, les années passèrent : « les années passent mais ne se ressemblent pas ! ». Il advint qu’un jour mon poulailler se réduisit a un seul couple de volaille, un coq et une poule. 
Cela fit que je pus les observer à loisir. Tous les matins ils m’attendaient à la sortie de ma maison, tournant autour de moi, c’était leur langage, réclamant leur pitance. L’époque fit que mon travail me donnant plus de loisir, je pus rester chez moi davantage de temps, ce qui me permis de participer même sans le vouloir, à observer ce qui s’y passait.

Un jour, assis au soleil , sans penser à rien, j’observai mon coq grattant la terre à quelques mètres de moi. J’y vis surgir un gros ver de terre et au lieu de voir mon coq se l’ingurgiter, je le vis émettre un son particulier, inconnu de moi jusqu’à ce jour, et surpris, je vis la poule accourir à toute vitesse, prendre le ver de terre que lui offrait son coq et se l’ingurgiter. 
J’avoue que la scène m’étonna, et cela m’incita  à observer de plus près le manège de mes deux gallinacés.
Là, j’allais de surprises en surprises.
Par exemple je m’aperçus, que le coq se positionnait à l’intérieur d’un panier couvert d’un peu de foin, et il restait là accroupi, jusqu’à ce que la poule le remplace pour pondre son œuf. 
Je compris que le manège du coq était d’ indiquer à sa poule l’endroit où elle devait pondre.
Lorsque la poule accroupit dans son panier s’adonnait à sa ponte, le coq se tenait debout, majestueux,  auprès d’elle, la surveillant du regard.
Une fois son œuf pondu la poule s’en allait, et le coq fièrement se mettait à chanter !....
Je tombais d’étonnements en étonnements.

Un autre jour en compagnie d’un ami, nous mangions des cerises. Le coq prés de moi, je lui en laissais tomber une bien mûre. Pendant que mon ami et moi nous observions la scène, nous vîmes le coq dénoyauter la cerise et émettre ce son particulier que je reconnaissais. Nous vîmes la poule arriver en courant et manger la cerise que lui offrait son coq. 

Nous sommes tombés des nues !.....

Et je pensais, à nous les homme !....
Dernièrement, je n’ai plus vu le coq. La poule déambulait toute seule, visiblement elle était triste. Son compagnon lui manquait terriblement, c’était visible.
Plus qu’avant elle se tenait prés de moi. Dès que j’ouvrais la porte de ma maison pour partir, elle était là, courant à mes pieds. Je lui versais sa pitance de maïs, mais ce n’était pas ça qui la consolait.
Un jour qu’il pleuvait, je la vis se traîner sous la pluie, les ailes baissées, raclant le sol mouillé.
C’était plus fort que moi, j’étais bouleversé…..J’avais beau me raisonner : mais c’est une poule !…un animal !….La souffrance de cet animal, car souffrance il y avait, c’était indéniable, cette souffrance répercutait en moi…

Elle et le coq, comme presque tout les gallinacés que j’avais eu, la nuit, dormaient sur la hauteur d’un arbre. C’était l’instinct de conservation qui les motivait, il y avait en effet des renards et des fouines  qui rodaient la nuit, en quête d’une proie facile.
Je vis en effet au pied de cet arbre des poignées de plumes éparses et quelques gouttes de sang. 
Il y avait donc eu lutte.
Le coq avait défendu sa compagne, jusque sa mort s’en suive ….

Un matin, je me décidais. Je me rendis chez le marchant de grain de mon village,  qui vendait à l’occasion des poules, coqs ou poussins, et je lui demandais de m’apporter un jeune coq, le plus beau qu’il trouverait sur le marché.
Peu de jours après il m’amena à la maison un magnifique coq, au plumage couleur feu, magnifique s’il en faut.
Nanti de mon trésor, je m’en fus dans mon jardin à la recherche de ma poule esseulée. Je la trouvé un peu plus loin. Dès qu’elle me vit, elle se précipita vers moi, comme elle le faisait chaque fois. Tout heureux je lui lâchais celui qui j’espérais serait son futur compagnon  afin  qu’elle oublie   celui qui n’était plus. Discret je m’éclipsais les laissant à leur nouvel amour.
Je n’avais pas fais dix pas, qu’un bruit de bataille me fit  détourner.  C’était ma poule qui était en train de flanquer « une raclée » à mon jeune coq, celui-ci ayant voulu s’approcher trop prés d’elle. 
Depuis mon jeune coq a disparu, et impossible de le retrouver.
J’ai compris que ma poule  préférait son veuvage,  aux nouvelles noces avec un nouveau compagnon, pour si beau qu’il soit.

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Depuis quelques jours je ne vois plus la poule.

Je me suis rendu au pied de l’arbre, où grimpée, elle passait la nuit. Des traînées de passage subsistaient sur l’herbe, mais aucune trace de sang ni de plumes éparses.

La Bête avait du revenir. Sans celui qui la protégeait, fidèle, elle avait préféré la mort, et retrouver son Homme dans le Paradis des gallinacés.

Et elle m’a laissé cette belle histoire que je vous transmets à mon tour, avec la particularité :

            ………..Qu’elle est vraie ! ………
 

Copyright Julien Julia