jeudi 5 juillet 2012

La gamine

                        
             Le rire fusa, clair, pur, transparent,… enfantin. A vrai dire je n’y pris d’abord pas garde. Puis le rire éclata à nouveau, me chercha. Ce petit rire d’adolescente venait pour moi. Il m’était destiné. Il éveilla alors mon attention.

            Cela venait de ma gauche. Je regardai et j’aperçus quatre gamines, à peine adolescentes. Des boutons de femmes tout juste écloses.
            Toute la beauté de la jeunesse à peine trouvée, de l’enfance tout juste quittée. C’était un bouquet de vie et mon regard feuilleta de l’une à l’autre. Un plaisir pur, droit. Immobile je savourai ce plaisir.
            Puis une des quatre se tourna vers moi, me livrant un minois adorable. Un instant son regard plongea dans mon regard. Elle rougit à peine, fit la moue, me tira la langue, puis me sourit….

            Le rire fusa à nouveau. C’était son rire. L’instinct des félins, l’instinct féminin à la quête de la proie masculine, naissait déjà dans cette gamine. Je sentis  nettement que j’allais être son destin. Elle allait être la Mante Religieuse mangeant la tête du mâle après le festin d’amour. Médusé, déjà envoûté, je me laissai entraîner dans cet émerveillement des sens, et je suivis les gamines dans le flux des flâneurs de ce dimanche ensoleillé.

Celle qui m’avait souri se tenait à droite du groupe et tout en marchant à quelques pas derrière, je pus contempler ce petit corps frêle, vêtu d’un pantalon <blue jean >, enserrant un petit cul qui aurait contenu dans la paume de mes deux mains ouvertes. On devinait deux jambes fines dans les fuseaux du pantalon tombant en accordéon sur des chaussures de tennis dont le baille
ment des lacets laissait passer une langues démesurée, mais en harmonie avec tout cet ensemble.
            Un corps de fillette dans des vêtements d’adolescente.
            Un petit sac au dos pendait sur ses épaules frêles.
            Le tout délicieusement ridicule.

            Tout en déambulant, un dialogue s’établit entre le petit cul et moi:

                        « Je te plais?..
                        -J’en ai honte… Tu pourrais être ma fille…
                        Je pourrais presque être ton grand père…
                        -Nigaud… Les extrêmes se cherchent et se rejoignent dans un point d’intersection, pour former
                        la perfection du cercle…
                        Tu es subjugué par ton éducation occidentale…
                        Tiens regarde les orientaux: ils ont des femmes très jeunes… Et plusieurs souvent <autant que
                        tu peux en nourrir> dit le Coran. Regarde lesOuled Naïl? Impubères, elles se prostituent sous
le regard vigilant de leur mère. Puis adolescentes,avec l’argent   de leur commerce elles montent dans leur village pour se marier…
                        -Je veux bien te croire, mais nous ne sommes pas
                        en Orient, mais bien ici en Occident…
                        -Qu’importe, nous sommes ici bien sûr, mais dans
                        le secret des choses. Il y a toi et moi et c’est tout.
                        … Tiens regarde moi, je te plais toujours?…
           
            Et le petit cul se mit à se mouvoir dans un déhanchement
harmonieux au rythme de la marche.
            Le pantalon enserrait les deux fesses, comme deux petits melons. On voyait le pli du milieu du tissus pénétrant dans l’entre-deux jambes.
            Un instant la gamine s’arrêta, laissant continuer ses compagnes. Elle écarta une de ses jambes, et j’entrevis le geste de la main cherchant à travers le gros tissus du pantalon, le pli fragile de la culotte pour le déloger de la fente où il s’était malencontreusement introduit.
            Son rire fusa à nouveau, pur, cristallin. Puis elle se mit à courir, rejoindre ses compagnes.
            Un peu plus loin, le lacet d’une de ses chaussures s’étant défait, elle s’arrêta à nouveau, mit un genou à terre pour refaire sa chaussure. A travers son bras droit arqué, sa petite tête se positionna et de sa petite frimousse à l’envers, son regard coulissa, dirigeant vers moi le plus adorable des sourires qu’il m’ait été donné de recevoir.
            Elle s’attarda, comme à plaisir à faire et à défaire le lacet de sa chaussure. Nous étions en train de faire connaissance…
Elle bougeait parfois son petit corps dans un effort évident pour parfaire son geste.        

            Puis à nouveau elle se releva et courut rejoindre ses compagnes arrêtées un peu plus loin.

            Cela alla ainsi, d’étape en étape, jusqu’à l’entrée d’une galerie marchande s’ouvrant directement dans notre rue.
            Les quatre gamines s’y engouffrèrent, et moi derrière.

            Des vitrines de magasins: modes, bijouterie, une croissanterie et divers autres commerces. Je me souviens d’une oisellerie avec des petits chiots en devanture. Les filles s’y attardèrent longuement.

            La musique exalte en nous ce que nous avons de noble et de généreux.
            Venu du fond de la galerie, un magasin de musique envoyait ses ondes magiques. Un flux continu de jeunes gens y entrait et en sortait. Les filles y pénétrèrent. Le son rythmique sonnait fort.

            Dans le fond de la salle un jeu de glaces renvoyait nos images d’un miroir à l’autre, créant un espace irréel et féerique, positionnant nos personnages d’une manière différente à la réalité.
            D’un clin d’œil la gamine s’assura que j’étais là.
            Elle s’immobilisa un instant, et à travers la glace son regard me chercha. Je la regardai à mon tour. Son visage bougea et par le jeu des glaces son  image s’approcha de la mienne, la frôla. L’image de sa joue caressa l’image de mes lèvres. Puis ses lèvres s’arrimèrent à mes lèvres. Sa bouche s’entrouvrit. J’entrouvris à mon tour ma bouche, aspirant le petit souffle qui s’exhalait si prés.  Je lui livrai à mon tour mon souffle. Elle l’aspira lentement, en fermant les yeux.

            Parti des jambes, remontant le long des hanches, puis tout le long de son buste, son corps serpenta, d’abord d’un mouvement imperceptible. Peu à peu son mouvement s’amplifia, puis devint rapide, frénétique… ponctué de secousses violentes à l’unissons de la musique qui emplissait nos oreilles et nos têtes.
            Je voyais les cuisses de la gamine se frottant l’une contre l’autre dans un déhanchement sensuel, sexuel…
            Inconsciemment mon corps oscilla, d’abord lentement, puis plus rapidement pour s’intégrer finalement dans cette dense satanique…

            Par le jeu des miroirs, nos corps se heurtaient, se séparaient, s’enlaçaient à nouveau.

            … Je vivais un rêve….

            Une impression de vertige me saisit. Je me laissai glisser dans cette spirale de lumières et d’étoiles…

            Soudain tout prit une autre dimension. Mon sexe enflé me faisait mal. Je n’en pouvais plus.

            Je vis le corps de la gamine se bander comme un arc. Son visage se tendit, petite fleur qui s’ouvre dans l’offrande de son plaisir vers le ciel.
            Parti du bas de mon dos, un frisson remonta le long de mon échine, s’encra sur ma nuque, puis irradia mon visage.
… Et je sentis de ma vie, s’écouler par mon sexe…

            Sur nos jambes flageolantes, nos deux corps s’appuyèrent l’un contre l’autre, comme un faisceau de fusil. Je sentis le corps de la gamine trembler comme un petit oiseau blessé.
            Puis elle se ressaisit. Son regard prit mon regard et le dirigea vers la braguette de son pantalon: une petite tâche humide y apparaissait. A l’interrogation de ses yeux je fis,oui, avec les miens.
            Alors la gamine me sourit longuement... longuement… puis elle me fit la moue, et me tira la langue dans un geste amical
            A nouveau son rire fusa, court, cristallin, enfantin..
            Et elle s’en fut, courant vers ses trois autres compagnes qui nous avaient laissés à notre innocent festin.

            Un long moment encore, j’entendis ce rire: pur, court, cristallin, transparent, enfantin, qui raisonna dans ma tête, dans mon cœur, comme un écho… comme un écho…

            Dans ma tête… dans mon cœur… dans mon cœur…

dimanche 1 juillet 2012

Son Dernier Sourire


La larme de la mère
Coule sur la joue de Dieu (sourate)

                                             

            La femme était belle. Très belle même. Grande,élancée, tout dénotait chez elle le sens de l’exact dans le raffinement vestimentaire: ni trop ni trop peu, chose assez rare chez beaucoup de personnes se disant de la haute bourgeoisie.

            Bien sûr, dans le brouhaha de la cafétéria , dans un coin de laquelle j’étais attablé, son entrée passa inaperçue. Un garçonnet de quatre à cinq ans l’accompagnait, son enfant sûrement, un petit bout d’homme, mignon comme tout.  Un couple harmonieux, agréable à regarder et pour moi dans mon coin, à observer.

            Elle grimpa son gamin sur un des tabourets encore vide, face au comptoir. Elle prit une assiette sur une pile dans un coin au service des clients, la remplit de quelques « tapas » que le gamin lui montrait du doigt et une fois celui-ci installé face à son assiette de friandises, elle le laissa là et elle s’en fût aux toilettes.

            Je regardais, je n’avais rien d’autre à faire…

            Le temps passa!... Le gamin finit tout ce qu’il avait dans l’assiette, et comme il devait encore avoir faim, il ne se gêna pas pour prendre à même le comptoir toutes les petites gourmandises dont il avait encore envie. Puis comme sa mère tardait à revenir, perché sur le haut de son tabouret ne lui plaisant guère, il sauta de celui-ci et se mit à courir entre les gens pour dégourdir ses petites jambes.
            En effet le temps se faisait long et sa mère n’apparaissait toujours pas. Personnellement je me demandais qu’est ce qu’elle pouvait bien faire aux  toilettes. Je pense que j’étais le seul à me poser la question.

            Enfin, elle apparut!...

            Elle demanda à la serveuse ce qu’elle devait, paya, puis mère et enfant se dirigèrent vers la sortie.
            En sortant elle passa devant moi, me regarda. Je lui souris. Elle me sourit à son tour et tous deux s’en allèrent.

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            Il se faisait tard, je sortis à mon tour. Le tramway me laissa à la limite de la frontière et j’empruntai le pont de la Bidassoa. La nuit commençait à tomber, les choses devenaient des ombres.

            Le pont était désert, hormis deux silhouettes vers le milieu. Je reconnus la femme de la cafétéria, son enfant à coté d’elle.
            Elle était penchée sur la balustrade métallique et elle regardait  l’eau miroitant sous le clair de lune. Je passais derrière elle mais elle ne me vit pas.
            J’ai continué à marcher quelques instants, puis intrigué je me suis retourné.
           
            La femme n’était plus là, ni l’enfant.

            J’ai regardé par-dessus le parapet du pont vers l’eau de la rivière. Un grand cercle finissait ses ronds dans l’eau.
            A côté un petit cercle finissait ses petits ronds dans l’eau.

                         J’ai fait un signe de croix et je suis parti songeur !........