lundi 24 juin 2013

La rupture. Pièce de théâtre en 2 actes.


1° Acte :

(Décor) : Une salle à manger, dans une lumière très douce. En  sourdine une lumière très douce étire sa nostalgie.
  La table est mise avec soin. Deux candélabres, leur bougie allumée. Quelques fleurs dans un vase au milieu de la table.
              -Deux couverts. Visiblement tout est dans l’attente de l’arrivée de quelqu’un.
                Un jeune homme, assis, vue de dos, tapote d’impatience le rebord de la table.
  Il se lève et va vers la chaîne « His-Fi », il change le disque. Une nouvelle musique, très douce se fait entendre.
  Le jeune homme se rassied, impatient.
    Quelques secondes s’écoulent ….

  Soudain la sonnerie du téléphone retentit. Le téléphone est branché à un petit  haut parleur et depuis sa chaise le jeune homme peut écouter la voix qui l’appelle. 

  Après quelques secondes de silence, une voix de femme :

-« - Mon chéri !....Mon Amour !.... Je suis là !...tout près, mais bien loin aussi !.... Un impondérable a surgi, m’empêchant de venir !... Alors, écoute la voix de celle qui t’aime plus que tout au monde ! …. Celle qui donnerait tout pour toi !....

 -«  - Ce soir je ne peux pas  te donner mon corps, mais je te livre ma voix. Ecoute là mon trésor…  Qu’elle pénètre en toi, qu’elle se dilue dans ta pensée, comme demain physiquement tu me pénètreras, diluant ton corps, ta substance, en moi.  ….
 -«  Aujourd’hui que se soit nos pensées qui s’étreignent, qui se fondent dans un même désir, un seul désir…toi être moi…. Et moi être toi …. Comme demain  nos deux corps s’enlaceront…. Se pénètreront ….se complèteront…. En une seule chair ….une vibration qui ira crescendo ….où se mêleront nos sueurs …. Peut-être notre sang…. Car à la limite du plaisir il y a la souffrance…. Alors, par moi, grâce à moi, tu deviendras Dieu, car du plaisir que je te donnerai…. La Vie jaillira de toi…. Pour ensemencer et fertiliser mon ventre…. Alors je deviendrai perverse et tes yeux deviendront lubriques.
-«  Ce sera le festin de l’araignée et de la mouche…. Tour à tour je serai l’araignée, et à ton tour tu la seras…… C’est dans cette osmose que nous puiserons la force de notre passion ……
-«  Je serai le violon et tu en sera l’archer…. Tu arracheras de mon corps, les sons les plus purs….les sons qui te plairont.    
.
-«  Mon chéri… mon Amour…. Prends patience…. Cela n’en sera que meilleur….

-«  La femme peut faire l’Amour sans en avoir envie…. Mais à toi, je ne te refuserai jamais mon plaisir ….

Et que l’avenir ne t^inquiète pas…car je serai toujours là…avec toi…pour toi.

Après nos instants passionnels, notre vie ensemble, glissera, doucement et avec douceur… car nous nous serons faits l’un à l’ autre, ….comme la perle avec son huître… ou le diamant avec sa gangue…

Mais demain…oui demain…mon chèrie…demain, je serai à toi…oui demain …mon amour… demain je serai tienne…

Afin que pour toi, Demain soit Demain, et que jamais Demain ne soit Jamais… et que pour nous deux, Demain soit … Toujours !…


……… L E  R I D E A U   T O M B E .........



2°) ACTE
------------- - LA RUPTURE-

-Le même décor que la veille. Les mêmes gestes du jeune homme. La même impatience.         Visiblement il attend l’arrivée de la femme aimée.

A nouveau, tout à coup, le téléphone sonne. Après un silence, la même voix que la veille se fait entendre :

-«  Mon chéri…Mon Amour…

(Un silence, puis) :

-« Ecoute l’histoire, la confession, de cette femme qui te parle, que tu as croisé dans l’allée du Parc Monceau, cette femme qui laissa tombé volontairement son écharpe lorsque tu m’as croisé, afin que tu la ramasse et que notre conversation puisse s’engager.
Nos regards se sont croisés, et nous nous sommes souris.
Comment ne pourrions pas nous plaire…puisque nous sommes fait, l’un pour l’autre…l’un venant de l’autre…
Car notre rencontre n’a pas été fortuite… Elle a été provoqué par cette femme qui te parle, et qui te doit…la vérité…sa vérité !...


-«  J’avais dix huit ans. Il en avait vingt cinq. J’habitai en France, lui en Arizona, en Amérique. Mais pour s’aimer il n’est nul besoin de se voir, ni de distance.
Nous avons ainsi correspondu…longtemps…unissant nos pensées…dans les mêmes plaisirs, les mêmes passions…Allant tous les deux, toujours dans la même direction.
Puis un jour il m’a révélé sa maladie….incurable !... Nous avons alors décidé, de matérialiser, de sublimer cet amour, tout spirituel, tout platonique, en un troisième maillon
qui scellerait en les bouclant nos deux maillons à nous.

 …..Après mon insémination artificielle, l’enfant est né. Mais un dégoût profond naquit en moi sur cette vie qui jaillissait, pendant que l’autre s’éteignait…

J’ai mis l’enfant en nourrice, me refusant a le voir, car lui vivait….tandis que l’autre était mort !...
L’enfant a grandi, ne manquant de rien. Il est devenu jeune homme. Jusqu’au jour ou j’ai voulu le revoir.

Je l’ai revue en effet, et en le voyant, j’ai revu l’autre, celui que ma jeunesse a aimé. Qui renaissait dans cet être nouveau. Qui était en effet l’autre et l’enfant en même temps !...
Des cendres n’ont éteintes, un vent de folie est monté, balayant mon âme !...

Ma chair a crié !...   « Pourquoi ne pas avoir avec la chair de l’autre, l’orgasme auquel j’avais droit… »

Mon chéri…mon amour….mon petit….mets ta main sur ce sein qui t’a allaité !....

Car tu es cet enfant là, Julien… L’enfant de l’autre, mais aussi tu es mon fil !… 

Notre malheur vient de ce que nous sommes l’exception, dans notre société qui dramatise le sexe. Pourquoi faut-il repousser avec horreur, ce qui est pur …ce qui est jeune…ce qui est beau !...

Il est accepté, l’amour maternel, l’amour filial, l’amitié amoureuse ;;;; Mais cette trinité dans l’Amour n’est pas accepté.

….Mon Chéri…mon amour…mon petit !....

Pardonne a cette femme devenue folle et qui pleure !....

Car désormais pour nous, demain ne sera pas Demain !...

Demain de sera pas Toujours !...

Demain sera, Jamais !....


-( U N   S I L E N C E ) –

(PUIS LE JEUNE HOMME DANS UN CRI :)

…Maman !...

(NOUVEAU SILENCE, MAIS PLUS COURT)
et d’une voix douce :

…Je t’aime !.. !.. !.. !

  • Raisonne alors « fuertissimo » : l’étude n° 12 de Chopin.

Nota de l’auteur ::
     Elle, on l’entend, mais on ne la voit pas, On peut très bien alors enregistrer sa voix, sur magnétophone par exemple et la reproduire durant la représentation. Et il n’y aurait de ce fait que la présence du jeune homme.

Copyright : julien Julia
Tous droits de traduction, de reproduction 
Et d’adaptation, réservés pour tous pays