lundi 24 juin 2013

La rupture. Pièce de théâtre en 2 actes.


1° Acte :

(Décor) : Une salle à manger, dans une lumière très douce. En  sourdine une lumière très douce étire sa nostalgie.
  La table est mise avec soin. Deux candélabres, leur bougie allumée. Quelques fleurs dans un vase au milieu de la table.
              -Deux couverts. Visiblement tout est dans l’attente de l’arrivée de quelqu’un.
                Un jeune homme, assis, vue de dos, tapote d’impatience le rebord de la table.
  Il se lève et va vers la chaîne « His-Fi », il change le disque. Une nouvelle musique, très douce se fait entendre.
  Le jeune homme se rassied, impatient.
    Quelques secondes s’écoulent ….

  Soudain la sonnerie du téléphone retentit. Le téléphone est branché à un petit  haut parleur et depuis sa chaise le jeune homme peut écouter la voix qui l’appelle. 

  Après quelques secondes de silence, une voix de femme :

-« - Mon chéri !....Mon Amour !.... Je suis là !...tout près, mais bien loin aussi !.... Un impondérable a surgi, m’empêchant de venir !... Alors, écoute la voix de celle qui t’aime plus que tout au monde ! …. Celle qui donnerait tout pour toi !....

 -«  - Ce soir je ne peux pas  te donner mon corps, mais je te livre ma voix. Ecoute là mon trésor…  Qu’elle pénètre en toi, qu’elle se dilue dans ta pensée, comme demain physiquement tu me pénètreras, diluant ton corps, ta substance, en moi.  ….
 -«  Aujourd’hui que se soit nos pensées qui s’étreignent, qui se fondent dans un même désir, un seul désir…toi être moi…. Et moi être toi …. Comme demain  nos deux corps s’enlaceront…. Se pénètreront ….se complèteront…. En une seule chair ….une vibration qui ira crescendo ….où se mêleront nos sueurs …. Peut-être notre sang…. Car à la limite du plaisir il y a la souffrance…. Alors, par moi, grâce à moi, tu deviendras Dieu, car du plaisir que je te donnerai…. La Vie jaillira de toi…. Pour ensemencer et fertiliser mon ventre…. Alors je deviendrai perverse et tes yeux deviendront lubriques.
-«  Ce sera le festin de l’araignée et de la mouche…. Tour à tour je serai l’araignée, et à ton tour tu la seras…… C’est dans cette osmose que nous puiserons la force de notre passion ……
-«  Je serai le violon et tu en sera l’archer…. Tu arracheras de mon corps, les sons les plus purs….les sons qui te plairont.    
.
-«  Mon chéri… mon Amour…. Prends patience…. Cela n’en sera que meilleur….

-«  La femme peut faire l’Amour sans en avoir envie…. Mais à toi, je ne te refuserai jamais mon plaisir ….

Et que l’avenir ne t^inquiète pas…car je serai toujours là…avec toi…pour toi.

Après nos instants passionnels, notre vie ensemble, glissera, doucement et avec douceur… car nous nous serons faits l’un à l’ autre, ….comme la perle avec son huître… ou le diamant avec sa gangue…

Mais demain…oui demain…mon chèrie…demain, je serai à toi…oui demain …mon amour… demain je serai tienne…

Afin que pour toi, Demain soit Demain, et que jamais Demain ne soit Jamais… et que pour nous deux, Demain soit … Toujours !…


……… L E  R I D E A U   T O M B E .........



2°) ACTE
------------- - LA RUPTURE-

-Le même décor que la veille. Les mêmes gestes du jeune homme. La même impatience.         Visiblement il attend l’arrivée de la femme aimée.

A nouveau, tout à coup, le téléphone sonne. Après un silence, la même voix que la veille se fait entendre :

-«  Mon chéri…Mon Amour…

(Un silence, puis) :

-« Ecoute l’histoire, la confession, de cette femme qui te parle, que tu as croisé dans l’allée du Parc Monceau, cette femme qui laissa tombé volontairement son écharpe lorsque tu m’as croisé, afin que tu la ramasse et que notre conversation puisse s’engager.
Nos regards se sont croisés, et nous nous sommes souris.
Comment ne pourrions pas nous plaire…puisque nous sommes fait, l’un pour l’autre…l’un venant de l’autre…
Car notre rencontre n’a pas été fortuite… Elle a été provoqué par cette femme qui te parle, et qui te doit…la vérité…sa vérité !...


-«  J’avais dix huit ans. Il en avait vingt cinq. J’habitai en France, lui en Arizona, en Amérique. Mais pour s’aimer il n’est nul besoin de se voir, ni de distance.
Nous avons ainsi correspondu…longtemps…unissant nos pensées…dans les mêmes plaisirs, les mêmes passions…Allant tous les deux, toujours dans la même direction.
Puis un jour il m’a révélé sa maladie….incurable !... Nous avons alors décidé, de matérialiser, de sublimer cet amour, tout spirituel, tout platonique, en un troisième maillon
qui scellerait en les bouclant nos deux maillons à nous.

 …..Après mon insémination artificielle, l’enfant est né. Mais un dégoût profond naquit en moi sur cette vie qui jaillissait, pendant que l’autre s’éteignait…

J’ai mis l’enfant en nourrice, me refusant a le voir, car lui vivait….tandis que l’autre était mort !...
L’enfant a grandi, ne manquant de rien. Il est devenu jeune homme. Jusqu’au jour ou j’ai voulu le revoir.

Je l’ai revue en effet, et en le voyant, j’ai revu l’autre, celui que ma jeunesse a aimé. Qui renaissait dans cet être nouveau. Qui était en effet l’autre et l’enfant en même temps !...
Des cendres n’ont éteintes, un vent de folie est monté, balayant mon âme !...

Ma chair a crié !...   « Pourquoi ne pas avoir avec la chair de l’autre, l’orgasme auquel j’avais droit… »

Mon chéri…mon amour….mon petit….mets ta main sur ce sein qui t’a allaité !....

Car tu es cet enfant là, Julien… L’enfant de l’autre, mais aussi tu es mon fil !… 

Notre malheur vient de ce que nous sommes l’exception, dans notre société qui dramatise le sexe. Pourquoi faut-il repousser avec horreur, ce qui est pur …ce qui est jeune…ce qui est beau !...

Il est accepté, l’amour maternel, l’amour filial, l’amitié amoureuse ;;;; Mais cette trinité dans l’Amour n’est pas accepté.

….Mon Chéri…mon amour…mon petit !....

Pardonne a cette femme devenue folle et qui pleure !....

Car désormais pour nous, demain ne sera pas Demain !...

Demain de sera pas Toujours !...

Demain sera, Jamais !....


-( U N   S I L E N C E ) –

(PUIS LE JEUNE HOMME DANS UN CRI :)

…Maman !...

(NOUVEAU SILENCE, MAIS PLUS COURT)
et d’une voix douce :

…Je t’aime !.. !.. !.. !

  • Raisonne alors « fuertissimo » : l’étude n° 12 de Chopin.

Nota de l’auteur ::
     Elle, on l’entend, mais on ne la voit pas, On peut très bien alors enregistrer sa voix, sur magnétophone par exemple et la reproduire durant la représentation. Et il n’y aurait de ce fait que la présence du jeune homme.

Copyright : julien Julia
Tous droits de traduction, de reproduction 
Et d’adaptation, réservés pour tous pays

mercredi 13 février 2013

Une très belle histoire (et vraie)


      « ll n’y a rien de plus bête qu’une poule »  me dit  mon ami Adolphe, un jour que nous étions en train de les regarder s’ébattre dans un petit poulailler attenant à sa maison .

Suite à ces paroles, je revis en images une poule sur le bord de la route, la traverser, affolée, lors du passage d’une voiture, lorsque, tranquille, là où elle était, rien ne l’obligeait à traverser.

Et pourtant ! ….

Oui et pourtant !......

Des années et des années ont passées. J’ai eu ma petite maison, nantie d’un peu de terrain et bien sur, si l’autre voisin avait des lapins, moi j’avais des poules. Elles étaient là en libertés, fidèles dans l’attente de leur pitance du matin qui se résumait à une forte pelletée de maïs que je ne manquais pas de leur lancer, à tout vent, avant que je parte au travail.
A part cette pelletée de maïs que je leur lançais tous les matins, rien d’autre ne m’obligeait. Et le plaisir de les voir toute la journée, gratter le sol à droite à gauche, affairées, animant l’environnement de leur jacassement et le matin à l’aurore le chant des cops s’appelant, s’interpellant depuis les quatre coins de la propriété, je trouvais cela, pour moi, très compensateur.
Ce qui m’amusait particulièrement c’était de voir certains jours, une poule disparue depuis quelque temps, réapparaître soudain, entourée de sa marmaille de poussins nouveaux nés 
C’était la Nature qui faisait et puis défaisait les choses, et je me trouvais bien dans cette ambiance où seule c’était la loi de la Nature qui jouait. Et étant là, je me sentais intégré en Elle.

Les jours, les mois, les années passèrent : « les années passent mais ne se ressemblent pas ! ». Il advint qu’un jour mon poulailler se réduisit a un seul couple de volaille, un coq et une poule. 
Cela fit que je pus les observer à loisir. Tous les matins ils m’attendaient à la sortie de ma maison, tournant autour de moi, c’était leur langage, réclamant leur pitance. L’époque fit que mon travail me donnant plus de loisir, je pus rester chez moi davantage de temps, ce qui me permis de participer même sans le vouloir, à observer ce qui s’y passait.

Un jour, assis au soleil , sans penser à rien, j’observai mon coq grattant la terre à quelques mètres de moi. J’y vis surgir un gros ver de terre et au lieu de voir mon coq se l’ingurgiter, je le vis émettre un son particulier, inconnu de moi jusqu’à ce jour, et surpris, je vis la poule accourir à toute vitesse, prendre le ver de terre que lui offrait son coq et se l’ingurgiter. 
J’avoue que la scène m’étonna, et cela m’incita  à observer de plus près le manège de mes deux gallinacés.
Là, j’allais de surprises en surprises.
Par exemple je m’aperçus, que le coq se positionnait à l’intérieur d’un panier couvert d’un peu de foin, et il restait là accroupi, jusqu’à ce que la poule le remplace pour pondre son œuf. 
Je compris que le manège du coq était d’ indiquer à sa poule l’endroit où elle devait pondre.
Lorsque la poule accroupit dans son panier s’adonnait à sa ponte, le coq se tenait debout, majestueux,  auprès d’elle, la surveillant du regard.
Une fois son œuf pondu la poule s’en allait, et le coq fièrement se mettait à chanter !....
Je tombais d’étonnements en étonnements.

Un autre jour en compagnie d’un ami, nous mangions des cerises. Le coq prés de moi, je lui en laissais tomber une bien mûre. Pendant que mon ami et moi nous observions la scène, nous vîmes le coq dénoyauter la cerise et émettre ce son particulier que je reconnaissais. Nous vîmes la poule arriver en courant et manger la cerise que lui offrait son coq. 

Nous sommes tombés des nues !.....

Et je pensais, à nous les homme !....
Dernièrement, je n’ai plus vu le coq. La poule déambulait toute seule, visiblement elle était triste. Son compagnon lui manquait terriblement, c’était visible.
Plus qu’avant elle se tenait prés de moi. Dès que j’ouvrais la porte de ma maison pour partir, elle était là, courant à mes pieds. Je lui versais sa pitance de maïs, mais ce n’était pas ça qui la consolait.
Un jour qu’il pleuvait, je la vis se traîner sous la pluie, les ailes baissées, raclant le sol mouillé.
C’était plus fort que moi, j’étais bouleversé…..J’avais beau me raisonner : mais c’est une poule !…un animal !….La souffrance de cet animal, car souffrance il y avait, c’était indéniable, cette souffrance répercutait en moi…

Elle et le coq, comme presque tout les gallinacés que j’avais eu, la nuit, dormaient sur la hauteur d’un arbre. C’était l’instinct de conservation qui les motivait, il y avait en effet des renards et des fouines  qui rodaient la nuit, en quête d’une proie facile.
Je vis en effet au pied de cet arbre des poignées de plumes éparses et quelques gouttes de sang. 
Il y avait donc eu lutte.
Le coq avait défendu sa compagne, jusque sa mort s’en suive ….

Un matin, je me décidais. Je me rendis chez le marchant de grain de mon village,  qui vendait à l’occasion des poules, coqs ou poussins, et je lui demandais de m’apporter un jeune coq, le plus beau qu’il trouverait sur le marché.
Peu de jours après il m’amena à la maison un magnifique coq, au plumage couleur feu, magnifique s’il en faut.
Nanti de mon trésor, je m’en fus dans mon jardin à la recherche de ma poule esseulée. Je la trouvé un peu plus loin. Dès qu’elle me vit, elle se précipita vers moi, comme elle le faisait chaque fois. Tout heureux je lui lâchais celui qui j’espérais serait son futur compagnon  afin  qu’elle oublie   celui qui n’était plus. Discret je m’éclipsais les laissant à leur nouvel amour.
Je n’avais pas fais dix pas, qu’un bruit de bataille me fit  détourner.  C’était ma poule qui était en train de flanquer « une raclée » à mon jeune coq, celui-ci ayant voulu s’approcher trop prés d’elle. 
Depuis mon jeune coq a disparu, et impossible de le retrouver.
J’ai compris que ma poule  préférait son veuvage,  aux nouvelles noces avec un nouveau compagnon, pour si beau qu’il soit.

- - - - - - - - - - - - - - - - - - -.

Depuis quelques jours je ne vois plus la poule.

Je me suis rendu au pied de l’arbre, où grimpée, elle passait la nuit. Des traînées de passage subsistaient sur l’herbe, mais aucune trace de sang ni de plumes éparses.

La Bête avait du revenir. Sans celui qui la protégeait, fidèle, elle avait préféré la mort, et retrouver son Homme dans le Paradis des gallinacés.

Et elle m’a laissé cette belle histoire que je vous transmets à mon tour, avec la particularité :

            ………..Qu’elle est vraie ! ………
 

Copyright Julien Julia

jeudi 13 décembre 2012

L'Etron

                                                                  -  L ' E T R O N  -


 Il était là, monstrueux, phénoménal, obscène.
 Cet étron, cette sentinelle, cette Merde ….
 Libéré d’un ventre…on ne peut plus…
 Et posé là…presque au milieu, à peine sur le coté de la chaussée, de la rue « carrer del Quintal » de ce Barcelone insolite .
 Il trônait là, gouailleur
.                Forme parfaite , lisse, lustrée.
 Persillé de grumeaux mal digérés. Délicieusement chocolaté, il avait tous les aspect d’une chose succulente, lorsque en réalité, elle ne l’était pas, pour la simple raison, qu’elle l’avait été.
 On le devinait, moelleux, onctueux, non malodorant.
 Un véritable enfantement.
 On devinait le ventre qui l’avait conçu, élaboré.
 Et puis l’accouchement. La victoire.
 La peau flasque du ventre à sa libération.
 Un enfant.
 Un enfant de la nature. Respectable.
 Il resta là. Des jours durant, narguant la foule.
 Vindicatif !...
 Je l’admirais, le saluais du regard chaque fois que je passais.
 Le monde de la rue l’accepta, comme une chose à elle, comme une chose de la vie inéducable. Une sculpture parfaite de la vie.
 Les gens se donnaient de la peine pour lui, faisaient un contour dans un déplacement latéral de leur corps avec une inclinaison de la tête en passant, comme pour le saluer et évitant de le souiller de leur contact. 
                Tous les jours, j’allais le voir.
               Je participais à cette acceptation, tacite, obscure, cachée, inavouable, mais nécessaires.
               En le regardant, je philosophais : il était un lien dans l’échelle des valeurs : Avant, Après.
               Avant, il avait été : des choses. Après il rentrerait dans la composition d’autres choses. Le cycle éternel des reconstitutions.
               -« Rien ne se perd, Rien ne se crée, tout se transforme ! » -  nous disait notre professeur de philo ou de physique, je ne me souviens pas.
               Et puis, petit à petit, cette chose énorme, avec la couleur, perdit de sa structure.
               Elle devint un objet qui se rétrécit, s’amenuisa, se ratatina.
               Les gens en passant ne le contournèrent plus avec autant de déférence. « L’ingratitude de la vie », pensais-je.
               Quelqu’un le poussa même du pied pour le mettre dans un coin.
               Il était devenu dur. Il se déshydratait.
               Et  bientôt il ne devint et ne fut qu’une toute petite chose insignifiante, légère, qui s’en fut  avec quelques feuilles d’arbres et papiers gras, dans la pelle d’un balayeur.
       
       
                                          "RIEN NE SE PERD  RIEN NE SE CREE, TOUT SE TRANSFORME"
                                                                 -  SOIS GRAND  ET  TU  SERAS -
         

mardi 25 septembre 2012

Pardonne-moi mon Dieu, si tu peux me pardonner, car j'ai tué!


                 « La richesse du cercueil, ne donne pas la valeur de celui qui est dedans »


            -… « Pardonne-moi, mon Dieu, si tu peux me pardonner, car j’ai tué !...».

           L’air était doux. La vie dansait dans cet air, habillé de soleil, et  où des myriades de petites choses, opuscules vivantes que nous respirons, menaient leurs sarabandes, leurs gravitations, les unes autour des autres.
            Je n’en finissais pas de déambuler, de monter, de descendre dans cette Rambla de Barcelone.
            Je cherchais la fatigue des jambes, car mon esprit cavalait, s’arrêtant aux milles petits riens qui foisonnent dans ce grouillement humain.
            Dans l’immédiat je ne m’en rendis pas compte.
            Puis je sentis comme une lourdeur, une fatigue que je trainais avec moi.
            Je fis un effort pour réaliser. Et effectivement je constatai qu’une petite main se tenait agrippée à la martingale de ma gabardine.
                       
                        -… « Julien …Julien … »
            Je reconnus la voix de Clara, que deux ans auparavant j’avais rencontrée « Plaza de la Universidad » son sac d’étudiante aux Beaux arts sur son dos.
            Des souvenirs, à peine récents, de ces étreintes fugaces, intenses ou chacun y puise suivant la force de ses fantasmes.

                        -… « Que veux-tu Clara ?... »
            Son visage portait la griffe de la drogue.
            Je savais que ce que je lui donnerais, servirait à assouvir son vice.

                        -… . « Julien … depuis deux jours je n’ai rien mangé »
            Je tirai 500 pésétas et les lui donnai.

                        -… « Ce n’est pas assez, tu le sais bien, la dose c’est Mille pésétas !... »
            Elle titubait, moitié de fatigue, moitié droguée.
            J’essayai de m’écarter d’elle et de m’enfuir.
            Mais elle s’agrippa à moi.
            D’un effort violent, je m’arrachai à son étreinte et je me mis à courir….
            Je la sentis courir, tout près de moi….
            La panique me saisit d’avoir contre moi, cette lape vivante, cette pieuvre qui ne me lâchait pas.
            Cela allait crescendo. Plus je courais vite, plus je la sentais près de moi.
            Je frôlais le désespoir. La tête me tourna. Je ne savais comment me défaire de cette sangsue humaine.

            Tout près, à vingt mètres, la circulation intense, d’un carrefour où les voitures circulaient en se croisant.
            Je me lançais là dedans, comme on se jetterait à l’eau pour fuir un incendie.
            Et toujours je la sentais me talonnant, prés de moi, contre moi !…..
            Ce fut un gymkhana humain, dans un vacarme de mécanique : pneus crissants sur l’asphalte suite à coups de freins impétueux, coups de klaxons, moteurs qui calent….injures qui fusent !...
            Mais je savais que dans cette folle course contre la mort, elle finirait par succomber.

            Soudain dans ma tête, un silence, énorme.
            Je me retournais épouvanter !
Tout était immobile

Dans ce décor figé, un bras émergea, lentement.
La paume de la main s’ouvrit dans ma direction.
Des doigts griffèrent le ciel.
L’image s’affaissa lentement.

Puis vint, une seconde, éternelle.

Je sentis un souffle, le souffle d’un ange qui passa prés de moi. Des lèvres frôlèrent mes lèvres. Je vis les yeux de Clara. Elle me sourit, puis « s’éthéra » .

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    -« Pardonne moi, mon Dieu, si tu peux me pardonner, car j’ai tué !.... Mais elle, garde la, dans ton Paradis ! Le Paradis, des drogués éperdus !.... »

           

                                                 

jeudi 5 juillet 2012

La gamine

                        
             Le rire fusa, clair, pur, transparent,… enfantin. A vrai dire je n’y pris d’abord pas garde. Puis le rire éclata à nouveau, me chercha. Ce petit rire d’adolescente venait pour moi. Il m’était destiné. Il éveilla alors mon attention.

            Cela venait de ma gauche. Je regardai et j’aperçus quatre gamines, à peine adolescentes. Des boutons de femmes tout juste écloses.
            Toute la beauté de la jeunesse à peine trouvée, de l’enfance tout juste quittée. C’était un bouquet de vie et mon regard feuilleta de l’une à l’autre. Un plaisir pur, droit. Immobile je savourai ce plaisir.
            Puis une des quatre se tourna vers moi, me livrant un minois adorable. Un instant son regard plongea dans mon regard. Elle rougit à peine, fit la moue, me tira la langue, puis me sourit….

            Le rire fusa à nouveau. C’était son rire. L’instinct des félins, l’instinct féminin à la quête de la proie masculine, naissait déjà dans cette gamine. Je sentis  nettement que j’allais être son destin. Elle allait être la Mante Religieuse mangeant la tête du mâle après le festin d’amour. Médusé, déjà envoûté, je me laissai entraîner dans cet émerveillement des sens, et je suivis les gamines dans le flux des flâneurs de ce dimanche ensoleillé.

Celle qui m’avait souri se tenait à droite du groupe et tout en marchant à quelques pas derrière, je pus contempler ce petit corps frêle, vêtu d’un pantalon <blue jean >, enserrant un petit cul qui aurait contenu dans la paume de mes deux mains ouvertes. On devinait deux jambes fines dans les fuseaux du pantalon tombant en accordéon sur des chaussures de tennis dont le baille
ment des lacets laissait passer une langues démesurée, mais en harmonie avec tout cet ensemble.
            Un corps de fillette dans des vêtements d’adolescente.
            Un petit sac au dos pendait sur ses épaules frêles.
            Le tout délicieusement ridicule.

            Tout en déambulant, un dialogue s’établit entre le petit cul et moi:

                        « Je te plais?..
                        -J’en ai honte… Tu pourrais être ma fille…
                        Je pourrais presque être ton grand père…
                        -Nigaud… Les extrêmes se cherchent et se rejoignent dans un point d’intersection, pour former
                        la perfection du cercle…
                        Tu es subjugué par ton éducation occidentale…
                        Tiens regarde les orientaux: ils ont des femmes très jeunes… Et plusieurs souvent <autant que
                        tu peux en nourrir> dit le Coran. Regarde lesOuled Naïl? Impubères, elles se prostituent sous
le regard vigilant de leur mère. Puis adolescentes,avec l’argent   de leur commerce elles montent dans leur village pour se marier…
                        -Je veux bien te croire, mais nous ne sommes pas
                        en Orient, mais bien ici en Occident…
                        -Qu’importe, nous sommes ici bien sûr, mais dans
                        le secret des choses. Il y a toi et moi et c’est tout.
                        … Tiens regarde moi, je te plais toujours?…
           
            Et le petit cul se mit à se mouvoir dans un déhanchement
harmonieux au rythme de la marche.
            Le pantalon enserrait les deux fesses, comme deux petits melons. On voyait le pli du milieu du tissus pénétrant dans l’entre-deux jambes.
            Un instant la gamine s’arrêta, laissant continuer ses compagnes. Elle écarta une de ses jambes, et j’entrevis le geste de la main cherchant à travers le gros tissus du pantalon, le pli fragile de la culotte pour le déloger de la fente où il s’était malencontreusement introduit.
            Son rire fusa à nouveau, pur, cristallin. Puis elle se mit à courir, rejoindre ses compagnes.
            Un peu plus loin, le lacet d’une de ses chaussures s’étant défait, elle s’arrêta à nouveau, mit un genou à terre pour refaire sa chaussure. A travers son bras droit arqué, sa petite tête se positionna et de sa petite frimousse à l’envers, son regard coulissa, dirigeant vers moi le plus adorable des sourires qu’il m’ait été donné de recevoir.
            Elle s’attarda, comme à plaisir à faire et à défaire le lacet de sa chaussure. Nous étions en train de faire connaissance…
Elle bougeait parfois son petit corps dans un effort évident pour parfaire son geste.        

            Puis à nouveau elle se releva et courut rejoindre ses compagnes arrêtées un peu plus loin.

            Cela alla ainsi, d’étape en étape, jusqu’à l’entrée d’une galerie marchande s’ouvrant directement dans notre rue.
            Les quatre gamines s’y engouffrèrent, et moi derrière.

            Des vitrines de magasins: modes, bijouterie, une croissanterie et divers autres commerces. Je me souviens d’une oisellerie avec des petits chiots en devanture. Les filles s’y attardèrent longuement.

            La musique exalte en nous ce que nous avons de noble et de généreux.
            Venu du fond de la galerie, un magasin de musique envoyait ses ondes magiques. Un flux continu de jeunes gens y entrait et en sortait. Les filles y pénétrèrent. Le son rythmique sonnait fort.

            Dans le fond de la salle un jeu de glaces renvoyait nos images d’un miroir à l’autre, créant un espace irréel et féerique, positionnant nos personnages d’une manière différente à la réalité.
            D’un clin d’œil la gamine s’assura que j’étais là.
            Elle s’immobilisa un instant, et à travers la glace son regard me chercha. Je la regardai à mon tour. Son visage bougea et par le jeu des glaces son  image s’approcha de la mienne, la frôla. L’image de sa joue caressa l’image de mes lèvres. Puis ses lèvres s’arrimèrent à mes lèvres. Sa bouche s’entrouvrit. J’entrouvris à mon tour ma bouche, aspirant le petit souffle qui s’exhalait si prés.  Je lui livrai à mon tour mon souffle. Elle l’aspira lentement, en fermant les yeux.

            Parti des jambes, remontant le long des hanches, puis tout le long de son buste, son corps serpenta, d’abord d’un mouvement imperceptible. Peu à peu son mouvement s’amplifia, puis devint rapide, frénétique… ponctué de secousses violentes à l’unissons de la musique qui emplissait nos oreilles et nos têtes.
            Je voyais les cuisses de la gamine se frottant l’une contre l’autre dans un déhanchement sensuel, sexuel…
            Inconsciemment mon corps oscilla, d’abord lentement, puis plus rapidement pour s’intégrer finalement dans cette dense satanique…

            Par le jeu des miroirs, nos corps se heurtaient, se séparaient, s’enlaçaient à nouveau.

            … Je vivais un rêve….

            Une impression de vertige me saisit. Je me laissai glisser dans cette spirale de lumières et d’étoiles…

            Soudain tout prit une autre dimension. Mon sexe enflé me faisait mal. Je n’en pouvais plus.

            Je vis le corps de la gamine se bander comme un arc. Son visage se tendit, petite fleur qui s’ouvre dans l’offrande de son plaisir vers le ciel.
            Parti du bas de mon dos, un frisson remonta le long de mon échine, s’encra sur ma nuque, puis irradia mon visage.
… Et je sentis de ma vie, s’écouler par mon sexe…

            Sur nos jambes flageolantes, nos deux corps s’appuyèrent l’un contre l’autre, comme un faisceau de fusil. Je sentis le corps de la gamine trembler comme un petit oiseau blessé.
            Puis elle se ressaisit. Son regard prit mon regard et le dirigea vers la braguette de son pantalon: une petite tâche humide y apparaissait. A l’interrogation de ses yeux je fis,oui, avec les miens.
            Alors la gamine me sourit longuement... longuement… puis elle me fit la moue, et me tira la langue dans un geste amical
            A nouveau son rire fusa, court, cristallin, enfantin..
            Et elle s’en fut, courant vers ses trois autres compagnes qui nous avaient laissés à notre innocent festin.

            Un long moment encore, j’entendis ce rire: pur, court, cristallin, transparent, enfantin, qui raisonna dans ma tête, dans mon cœur, comme un écho… comme un écho…

            Dans ma tête… dans mon cœur… dans mon cœur…

dimanche 1 juillet 2012

Son Dernier Sourire


La larme de la mère
Coule sur la joue de Dieu (sourate)

                                             

            La femme était belle. Très belle même. Grande,élancée, tout dénotait chez elle le sens de l’exact dans le raffinement vestimentaire: ni trop ni trop peu, chose assez rare chez beaucoup de personnes se disant de la haute bourgeoisie.

            Bien sûr, dans le brouhaha de la cafétéria , dans un coin de laquelle j’étais attablé, son entrée passa inaperçue. Un garçonnet de quatre à cinq ans l’accompagnait, son enfant sûrement, un petit bout d’homme, mignon comme tout.  Un couple harmonieux, agréable à regarder et pour moi dans mon coin, à observer.

            Elle grimpa son gamin sur un des tabourets encore vide, face au comptoir. Elle prit une assiette sur une pile dans un coin au service des clients, la remplit de quelques « tapas » que le gamin lui montrait du doigt et une fois celui-ci installé face à son assiette de friandises, elle le laissa là et elle s’en fût aux toilettes.

            Je regardais, je n’avais rien d’autre à faire…

            Le temps passa!... Le gamin finit tout ce qu’il avait dans l’assiette, et comme il devait encore avoir faim, il ne se gêna pas pour prendre à même le comptoir toutes les petites gourmandises dont il avait encore envie. Puis comme sa mère tardait à revenir, perché sur le haut de son tabouret ne lui plaisant guère, il sauta de celui-ci et se mit à courir entre les gens pour dégourdir ses petites jambes.
            En effet le temps se faisait long et sa mère n’apparaissait toujours pas. Personnellement je me demandais qu’est ce qu’elle pouvait bien faire aux  toilettes. Je pense que j’étais le seul à me poser la question.

            Enfin, elle apparut!...

            Elle demanda à la serveuse ce qu’elle devait, paya, puis mère et enfant se dirigèrent vers la sortie.
            En sortant elle passa devant moi, me regarda. Je lui souris. Elle me sourit à son tour et tous deux s’en allèrent.

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            Il se faisait tard, je sortis à mon tour. Le tramway me laissa à la limite de la frontière et j’empruntai le pont de la Bidassoa. La nuit commençait à tomber, les choses devenaient des ombres.

            Le pont était désert, hormis deux silhouettes vers le milieu. Je reconnus la femme de la cafétéria, son enfant à coté d’elle.
            Elle était penchée sur la balustrade métallique et elle regardait  l’eau miroitant sous le clair de lune. Je passais derrière elle mais elle ne me vit pas.
            J’ai continué à marcher quelques instants, puis intrigué je me suis retourné.
           
            La femme n’était plus là, ni l’enfant.

            J’ai regardé par-dessus le parapet du pont vers l’eau de la rivière. Un grand cercle finissait ses ronds dans l’eau.
            A côté un petit cercle finissait ses petits ronds dans l’eau.

                         J’ai fait un signe de croix et je suis parti songeur !........