mardi 3 janvier 2012

G H A R ( le plus beau souvenir de ma vie) DAIA « Ou la naissance d’un roman »


Je venais de terminer de lire un petit livre sur la vie de Charles de Foucauld.
Deux traits m’avaient frappé dans l’existence de ce jeune officier français plutôt enclin à la débauche. Son snobisme allant jusqu’à s’arrêter de fumer parce qu’il ne trouvait plus sa marque préférée de cigarettes. Et puis, tout d’un coup, abandonnant tout ce que pouvait lui apporter une vie de facilité, ce changement radical le poussant à l’ascétisme. Et une fois prêtre s’enfermer dans une vie monastique, se nourrissant de quelques dattes par jour dans le désert du Hoggar au Sahara où il fut assassiné.
Cette vie hybride intriguait mon jeune cerveau et dans la fougue de mes dix huit ans, je décidais de me rendre à « El Goléa » dans le désert saharien ou j’appris qu’il avait sa tombe.
J’embarquais donc un soir de printemps dans le port de Port Vendre, direction Alger, où nous arrivâmes dans la matinée suivante.
Je me souviens de la sensation qui m’étreignit, quand le bateau s’approchant de la côte dans le soleil levant, apparut « La Casbah » , enchâssée  dans sa montagne comme un diamant dans sa gangue.  Je pense, en toute modestie, que ce dut être ce que ressentit Christophe Colomb quand il aperçût pour la première fois les Amériques. Pour moi comme pour lui, depuis ce jour tout est différent. Je sais parce que je l’ai vu et vécu, qu’il y a un autre monde combien différent du notre, et qui sait ? Peut-être plus beau que le notre !...Moi, je le pense. 
Dés mon pied sur la terre ferme, une nuée de petits arabes m’assaillirent me proposant leurs  servisses.
                « dis… ti veux……bon hôtel ?.... »
                « dis….ti veux visiter souk ?....... »
                « dis…;ti veux ptite pucelle ?...... »
Cela n’en finissait pas de ces ….  « dis…tu veux ceci » … « dis…tu veux cela ».?
J’arrivais quand même à mon hôtel, où je pus me reposer, pour repartir le lendemain sur un véhicule, mis autobus mi camion, et dans lequel nous embarquâmes les humains à l’avant, les chèvres et les moutons à l’arrière
Parmi les arabes, tous en burnous, rentrant chez eux dans une oasis, il y avait assis devant moi un vieil homme à la barbe blanche à coté d’une jeune fille.  J’appris que c’était sa femme, malade et de retour d’une visite chez le médecin.
A coté de moi, s’assis un jeune arabe. Ce dernier, durant tout le voyage qui fut long, m’entreprit, essayant de me convertir à la religion musulmane. J’appris là pour la première fois de ma vie, qu’un jour sonnerait la guerre sainte où tous les infidèles devraient  périr.
  A part cet épisode, d’il y a cinquante ans, qui était l’annonce de ce que nous vivons actuellement, ce fut un voyage merveilleux.
J’ai en moi, cette vision perpétuelle,  je ne puis définir si c’était un camion ou un bus, dans lequel nous étions brinquebalé au gré des ornières de la piste,  cette sensation d’être ailleurs, de vivre ailleurs et surtout,  oui, surtout,  pour moi, de ce premier coucher de soleil dans le Sahara.
Ce fut rapide, peut-être un quart d’heure, quoique pour moi cet évènement ne rentre pas dans l’espace temps. Devant moi apparut une énorme boule de feu occupant la moitié de l’horizon. Elle miroitait comme de l’or fondu dans un immense creuset. Curieusement le regard ne se sentait nullement gêné par cette intensité lumineuse. De cette chose  sortirent comme  des rubans, de couleurs différentes. Ces rubans s’enlaçaient s’entortillaient, se mélangeaient dans une symphonie de couleurs merveilleuses !.... Cela devenait un nuage, puis une boule roulant d’un côté à l’autre de l’horizon!... Je sais que je suis resté la,  bouche béante, diluant mon regard dans cette chose venue d’ailleurs  qui me donna en quelques secondes, ce que je m’imagine être un peu du Ciel. Quand on a vu ça, l’émerveillement est tel, qu’à partir de là  tout le reste devient petit, insignifiant. 
Puis le soleil glissa lentement dans la faille de l’horizon, tirant derrière lui son long manteau de nuit, fourmillant d’étoiles. Là, la vision  est telle, que l’esprit médusé croit en entendre le grésillement.     

Je me souviens qu’en pleine nuit, dans le bruit sourd de notre  autobus-camion  roulant sur la piste, je voyais à travers le pare brise du chauffeur, dans le lointain désertique quelques lueurs, lumières surement d’un douar perdu dans cette terre immense. Ces lumières étaient si claires que je pensais qu’en quelques instants nous arriverions en vue de ce douar. Mais non, ces lumières semblaient avancer devant nous.
C’est l’atmosphère du désert, exempte d’humidité qui fait que les objets dans le lointain se voient si clairement  que l’idée de distance en  est faussée
Également pour la voute céleste, la pureté de l’air  multiplie de plusieurs fois la perception de sa vision.
Il me vient maintenant en mémoire cette phrase de l’acteur, Laurence d’Arabie qui, dans son fameux film, à la question : 
:-«  Pourquoi le désert ? »  répondit:
 -«  Parce que, c’est pur ! …». 
Finalement, dans la nuit  nous arrivâmes dans le douar qui m’avait paru si prés et lequel en réalité devait se trouver à quelques centaines de kilomètres au moment ou j’avais aperçu ses lumières.
Une femme voilée monta dans notre véhicule pour répéter le rituel millénaire, la distribution du thé à la menthe.  Puis notre « autobus/ camion » reprit sa route et au petit matin nous arrivâmes à « Laghouat » (la Porte du désert).
A Laghouat, un camion se rendant à Ghardaïa me prit à son bord. Que dis-je à son bord ! Au dessus de sacs de dattes entassées jusqu’au niveau de ses ridelles. Nous étions ainsi assis une dizaine de voyageurs, en plein vent. Quand j’arrivai à Ghardaïa inutile de vous dire que mon corps était moulu d’avoir roulé au dessus des sacs de dattes au gré des cahots de la piste.
D’une immensité de dunes contournées les une après les autres la vision de Ghardaïa  me fut celle d’une oasis perdu dans le désert.
En me redressant après la chute  de ma montagne de sacs de dattes, j’aperçu deux petits arabes, qui se précipitèrent vers moi, l’étranger, pour m’offrir leur service de guide. Durant tout mon séjour à Ghardaïa ils ne me quittèrent plus et furent pour moi comme deux anges gardiens. En plus de leur amusante compagnie qui aiguaya mon séjour ils me firent découvrir  des tas de choses que sans eux je n’aurai jamais découvertes
L’essentiel pour le moment était de me trouver à loger. Ils m’amenèrent à « l’hôtel des voyageurs » une maisonnette dotée de trois ou quatre chambres et tenu par un ancien légionnaire conquit par la beauté du désert.
Je me souviendrais toujours du repas qu’il me servit à mon arrivé, un bifteck de chameaux, dur et sec comme une semelle de chaussure, puis d’un pigeon appelé « pigeon des puits » auquel il venait de tordre le coup à mon arrivée. J’avoue que cela n’enleva rien en moi du  plaisir et de l’émerveillement de ce séjour.
Rendez- vous avait été pris avec mes deux petits anges gardiens, pour se retrouver le soir à la tombée de la nuit.
Fidèles à l’heure dite ils vinrent me chercher et me firent découvrir la ville de Ghardaïa. Je me souviens que longeant un petit quartier ils me dirent :
-«  Faut pas passer par là, c’est le quartier des juifs ! »-

Même dans ce bled perdu perdurait la haine ancestrale.
Longeant une autre ruelle, nous entendîmes une petite musique, c’étaient quelques instruments à vent corsés du son d’une sorte de viole, instruments classiques dans la région. Intrigué je demandais à un de mes anges gardiens de quoi il s’agissait.
-« C’est un café arabe, mais on ne sert que du thé à la menthe »
me répondit-il. A son signe si je voulais y aller je lui fis : oui.
C’était une petite pièce d’une trentaine de mètres carrés à même la hauteur de la rue, vaguement éclairée par quelques bougies. Dans un coin jouait quatre musiciens et au milieu de la pièce  quatre gamines, richement vêtues de leur robe chatoyante, pleines de colliers croulants de pièces d’or, tortillaient leur hanches dans une danse lascive. Quelques spectateurs assistaient à la scène et dans un coin quatre dames d’un certain âge, surveillaient la scène.
-« Ce sont des Ouled Naïl, m’expliqua un de mes ange gardien. Les femmes qui sont dans le coin, ce sont leurs mères, qui les guide et les protège dans leur travail »
A mon air étonné, il continua :
-« Si tu veux faire l’amour avec une de ces danseuse, c’est avec sa 
mère qu’il faut que tu parles. Tu t’arranges avec elle et après tu peux
aller avec sa fille. Après un instant il continua : Tu veux que j’en
appelle une ? Dis moi, c’elle qui te plaît et je ferai signe à sa mère ».
 
Le fait est, qu’il y en avait une mignonne comme un cœur et qui plus est,  ne cessait  de me regarder. Je fis signe que c’était avec cette jeune fille que je voulais aller, sa mère vint et le plus simplement  du monde me demanda l’argent. Puis elle  m’amena avec sa fille dans une petite pièce où le long d’un mur courrait une large dalle en béton avec dessus quelques coussins. En nous quittant, en très mauvais français la mère me dit :
-« Elle s’appelle : Daïa »
J’ai pris Daïa dans mes bras, et dans le moment d’extase qu’elle me donna, je n’entendis que le seul mot qu’elle connaissait en français et qu’elle me murmurait à l’oreille :
-« Doucement !....Doucement !... ».
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
« Les extrêmes se cherchent et se rencontre en un point   d’intersection, pour former la perfection du cercle ».
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .                                                                                      
Le lendemain soir nous retournâmes au petit café arabe où nous avions été la veille. Mais il n’y avait plus que les trois copines de Daïa. J’appris que Daïa accompagnée de sa mère était repartie dans son village dans la montagne pour se marier. La coutume est que les jeunes filles  descendent accompagnées de leur mère pour ce que nous appelons « se prostituer » se faisant ainsi une dot qui leur permette de remonter dans leur village pour se marier. 
J’étais heureux, j’avais participé à une coutume ancestrale, mon pécule avait servi pour aider Daïa à parfaire sa dot et se marier parmi les siens. Peut-être se rappela-t-elle du jeune français un peu fougueux, qu’elle rencontra dans ce petit café arabe de Ghardaïa ?
Et moi, je pense à ces imbéciles qui veulent légiférer contre une loi naturelle existant depuis la nuit des temps, ce métier le plus vieux du monde, comme si la nature n’avait pas doté la femme d’un sexe en forme de tirelire !...
Ils parlent de supprimer la prostitution, comme si tous les hommes « quand le sexe les tenaille » pouvaient se payer une maitresse. Ne se rendent ils pas compte qu’ils se rendent ainsi coupables de l’augmentation des viols, incestes, etc.?....
La leçon « Outreau » ou tout un village, curé en tête fut mis en prison : Trois ans ! Innocents ! « Fallait faire du chiffre » !...ne leur ont donc pas servi ? Ne pensent-ils pas que cela peut arriver à quiconque!... à eux aussi ?...  Et ce fut un miracle pour que la vérité éclate. Combien d’autres cas doivent exister où des innocents pourrissent en prison, la vérité n’éclatent tan pas !
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
Je restai quelques jours à Gardaïa dans l’attente d’un quelconque moyen de transport pour me rendre à El Goléa but final de mon périple. On m’avait signalé un camion de marchandises qui devait partir sur cette destination alors en attendant ce départ, le soir  je me promenai à la sortie de la palmeraie en  bordure du désert puis je m’asseyais sur une grosse pierre attendant la nuit.
    
Une paix tranquille arrivait avec elle. Avec son silence !...Le silence du désert !... absolu !...que l’on perçoit !.... La voûte du ciel constellé d’étoile, enserrant la terre comme voulant l’écraser  !....Puis une bouffée d’un vent tiède venu d’où ?... trainant parfois avec elle la lente, nostalgique mélopée d’un invisible et mystérieux minaret !...
L’homme alors, effaré, grain de sable dans cette immensité perdue, face à la Création, tombe à genoux, plus rien ne l’étonne. Pas même l’idée d’un Dieu.
Invariablement ma pensée retournait vers Daïa. Où devait elle être et que devait  faire en ce moment ma petite princesse ? 
Peu à peu mon imaginaire élaborait sa romance. Les phrases s’enfilaient, les pages défilaient.  Et maintenant en relisant les deux dernières pages de ce roman que j’écrivis, le souvenir de ce que j’ai imaginé est aussi fort que si je l’avais vécu :
…………………………………………………...
-« …. Un jour Daïa m’appela, radieuse :
  «  Chir, (maitre) Depuis ce matin je suis femme… »
Je la regardais, comme si ce fût la première fois. Je découvris alors une petite femme, aux formes parfaites, un peu menue, au visage pour moi, toujours d’adolescente.
-«  Les classes terminent dans deux jours. Partons chez nous là-bas,
    dans le désert, pour fêter cet évènement » ajouta-t-elle
 
………………………………………………….
-« Regarde, le scorpion a eu de la famille!.... »
 
                   Autour de nous une poignée de scorpions jouaient en se chevauchant les uns sur les autres.
                   Le jour se mourait. La lumière laiteuse de la lune créait des ombres. Dans le lointain un bouquet de palmiers balayait les étoiles.
                  Alors!...sans un mot….dans un geste…. Daïa me fit le don royal de son corps.
                   Baigné par la lumière douce de cette nuit blanche, je voyais son visage un peu pâle mais resplendissant de bonheur. 
-« Je l’ai senti. Il y a de ta vie qui a pénétré en moi, qui a baigné mon     ventre… »
                 Une légère crispation de ses lèvres.
-«  Qui a-t-il Daïa, tu as l’air de souffrir !... »
-«  Ce n’est rien Chir (maitre). Je vais partir, te quitter, en emportant 
    cet enfant que j’aurais eu de toi.
-«  Mais que dis- tu ?... »
  Le visage de Daïa se tordit sous l’effet d’une douleur intense. Sa main s’ouvrit, me faisant comprendre : le scorpion écrasé entre ses doigts, finissait son agonie… »
-«  Je lui ai pris sa vie, il a pris la mienne. Nous partons vers le Paradis     où nous t’attendrons.
-«  Pourquoi as-tu fais ça ?... »
-«  Je te veux pour moi seule. Je veux arrêter ce moment le plus beau
      de ma vie et le faire entrer avec moi dans mon éternité !... »
           Daïa venait de me prouver ainsi son besoin d’absolu.
           Un peu de mousse rose colorait le coin de ses lèvres. La souffrance tordait son petit corps que je serrai contre moi. Puis peu à peu ses muscles se relâchèrent. Une dernière fois son regard se posa sur moi, profond. Elle murmura deux fois :
-« Chir,Chir (maitre) et pour la première fois de sa vie elle prononça
    mon nom : Julien.
          Toute la nuit, dans mes bras, j’ai berçais son petit corps, couvrant de mes baisers sa
petite figure muette.
          Puis le jour s’est levé.
         Alors elle fut vraiment morte  
        J’ai enterré Daïa dans notre grotte où elle repose sous la garde des scorpions.
        J’ai dynamité l’entrée. Il n’y a plus qu’un amas de roches anonymes, gardant le secret de ce lieu désormais sacré pour moi.
        Depuis, à date fixe et chaque fois que je le peux, je vais dans cet endroit du Hoggar. Je m’assieds sur la pierre du scorpion, attendant la nuit.
       Alors, quand apparait la « Croix du Sud », mes yeux cherchent dans l’infini, ce point d’intersection où s’enlaçaient nos regards.  
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Pour l’Église, pour prouver la sainteté d’un homme, il faut qu’après sa mort, quelques miracles ou quelque chose de très fort se produise. Alors : 
-« …Merci Charles de Foucauld !.... »
Julien Julia
NB : Malgré mon attente,  je n’ai pas pus partir sur « El Goléa » et m’incliner sur la tombe de Charles de Foucauld. Les jours passaient et aucun véhicule ne partait dans cette direction. Un peu déçu je fus obligé d’abandonner mon projet et de retourner en France où quelques

 semaines plus tard j’ai reçu par la poste une carte postale avec la photo de la tombe de Charles de Foucauld. Mes deux petits anges gardiens y avaient gribouillé quelques mots gentils, espérant mon retour auprès d’eux.
Curieusement, mais ce n’est que beaucoup plus tard et dans un autre désert, j’ai rencontré une petite congrégation des « petits frères de Charles de Foucauld »
Ce contact fut pour moi un grand évènement dans ma vie.
                              Mais cela, est une autre histoire !.....

  

lundi 2 janvier 2012

Oui Papa, à côté de toi je n'ai jamais peur!

A ma fille Nékanné...


Il était 23h.40  à l’horloge du Titanic ce 14 Avril 1912, quant un grattement sourd, de plus en plus fort, long dans le temps, mêlé de quelques secousses violentes, firent grincer toute la coque du transatlantique.
Les musiciens qui jouaient dans le grand salon des  1° classe, durent s’accrocher à leur chaise qui glissait sur le sol épousant la gîte du navire   
 
  Le Titanic venait de heurter un Iceberg.
Comme un cheval qui se cabre, le Titanic, ce navire orgueil des constructeurs qui le voulaient insubmersible, se dressa et en 2h.40 il réalisa sa descente aux enfers.
Ce  furent 2h.40, d’épouvante, d’actes de bravoure, de panique, d’actions anodines, où le sauve qui peut cherche à s’émanciper de la décence, de préférer son droit à la vie, au droit à la vie des autres !......
Dans la cohue des gens cherchant à s’entasser dans la chaloupe° 3 qui venait d’être mise à la mer, un homme tenant par la main sa petite fille de six ans chercha a prendre sa place. Dans la violente bousculade dans laquelle il se trouva mêlé, sa petite fille fut arrachée de sa prise et dans le cohue générale tomba dans la mer.
L’eau était éclairée par les lumières blafardes du Titanic qui sombrait, et l’homme aperçut deux petits bras s’agitant  au dessus d’une eau glauque, dans un lointain qui s’accélérait. Lui seul  pouvait entendre en ce moment les cris de sa petite fille :
« Papa !.....Papa !.... »
                                D’instinct, l’homme se jeta à l’eau. En quelques brasses il rejoignit sa petite fille, pendent que la chaloupe s’éloignait avec force de l’endroit du naufrage, cherchant à éviter d’être entrainé dans le siphon que provoquerait inévitablement les derniers instants où le Titanic disparaitrait dans la mer.
L’homme arrivant prés de sa petite fille, celle-ci s’agrippa à son cou
« N’ais pas peur ma chérie, papa est avec toi !... »
« Oui papa à côté de toi je n’ai jamais peur !... » 
    Tous deux avaient revêtu le gilet de sauvetage imposé dans les cas d’urgence comme celui-ci, ce qui leur permettait  de tenir la tête hors de l’eau.
    L’homme sentait le petit corps frêle de la fillette essayant de se blottir contre lui, en quête d’un peu de chaleur. A son tour il essaya de la couvrir comme un manteau, mais sachant bien que contre l’eau glacée de la mer en cet endroit, c’était chose
    Impossible. Maintenant il percevait les tremblements par saccades du corps frêle.
    « papa, j’ai froid et ça me fait très mal !... »
    « Ce n’est rien ma chérie, tu verras, il faut attendre un peu, bientôt  tu n’auras plus mal, et nous serons avec maman. »
    « Mais maman est au Ciel papa !... »
    « Oui ma chérie, maman est au Ciel et je vois qu’elle nous fait signe qu’elle nous attend !… »
    « Oh! C’est bien alors papa, alors nous serons ensemble tous les trois au Ciel, très bientôt, mais je voudrai que ce soit très vite, car j’ai très mal »
                                       L’homme ramena la petite figure de sa fille contre sa joue, essayant comme par miracle de lui communiquer un peu de sa chaleur à lui.
      Maintenant il suivait les soubresauts produits par le froid glacial de l’eau sur la fillette Lui-même commençait à grelotter et à trembler de froid.
      « N’aies pas peur ma chérie, papa est avec toi ! »
      « Oh!, je suis avec toi et je n’ai pas peur papa ! »
         
        La voix de la fillette se faisait presque inaudible contre son oreille.
        Quelques instants passèrent . L’homme suivait l’évolutions des tremblements de sa fillette contre lui. Soudain il senti le petit corps se bander comme un arc
        semblant vouloir s’incruster en lui… puis le petit corps se détendit.
        Alors l’homme couvrit de baisers la petite figure devenue un petit ange.
        Il lui ôta son gilet de sauvetage, se défit du sien et serrant contre lui le petit  corps de sa fillette, il se laissa glisser dans l’abime.
        Julien Julia