dimanche 27 mai 2012

Le temps


 Inexorable, «L’Eau du Temps » coule sous le Pont de la Vie,
 usant les Pierres de la Réalité.
Mais Elle coule vers ce Pourquoi, Elle a été Créée.
Ce But immuable qui est sa raison d’Etre : l’Océan, 
Qui l’a Engendrée, qui l’a vue Naître,
Et dans les entrailles duquel, elle va se diluer,
Pour repartir vers une nouvelle vie,
Croient quelques uns.
Sa force, c’est l’espoir de cette certitude,
Vers laquelle elle va, sans jamais l’avoir vue. 
          …. L’espoir !...
                   «  Une forme du bonheur !... »

vendredi 25 mai 2012

Le soulier

- « Comment t’appelles-tu ?
- Julien et toi ?
- Nicole »
  Elle marchait devant moi, me montrant le chemin, trottinant, ses petits pieds, nus, dansant dans des godasses trop grandes.
  Je l’avais trouvée le long du trottoir dans ce Barcelone insolite,
 petite française éperdue, de retour d’un été à Ibiza.
  A peine 18 ans et déjà flétrie, sans intérêt pour son vestimentaire, presque des loques. Mais sa jeunesse criait encore à la vie, au soleil.
  Petite fleur, malgré tout innocente, je la cueillais pour un moment d’extase qu’elle me donnerait contre quelques pesetas, que je lui donnerai et qui lui permettrait d’acheter sa dose de drogue, nourriture quotidienne.
  Elle avait le baiser innocent des filles qui se donnent sans détour.
  Son tressaillement entraina mon tressaillement. Mais je ne sais pourquoi, dans ce plaisir immense qu’elle me donna, dans cet attouchement avec l’infini,  je sentis passer le frisson de la mort !...
  Deux jours s’écoulèrent. Deux jours durant lesquels je ne pus décrocher ma pensée du souvenir de Nicole.
  Et je retournais à l’endroit où je l’avais rencontrée.
  Je parcourus toutes les rues avoisinantes, quand,  dans un coin, j’aperçus une de ses godasses.
  Deux policiers qui passaient à cet instant, virent la chaussure en même temps que moi.
  Pendant que l’un des deux « shootait » de son pied l’objet abandonné, je l’entendis dire à son collègue :
- « Tiens ! le soulier de la petite française !...tu sais bien, celle que nous avons trouvée ici …victime d’une overdose !... »
  Les policiers continuèrent leur chemin.
  Alors !... dans l’ombre … en cachette … furtivement … je pris le godillot de Nicole.
  Je le serrais contre ma poitrine, sur mon cœur.
…. Et je m’enfuis, comme un voleur !....

Barcelone, 5 Juin 1988

samedi 19 mai 2012

La petite violoniste

« Les Extrêmes se cherchent et se rencontrent
 dans un point d’intersection, pour former 
la perfection du Cercle. »     
                                                                                                             
               

  Il me souvient, d’il y a quelques années, une veille de Noël à Barcelone » :

  C’était le soir, la nuit commençait à tomber, les lampadaires venaient de s’allumer. C’était une de ces rues, larges, piétonnières, bordées de magasins haut de gamme : Loewe, Leweis…des bijouteries aux noms célèbres etc… Leur fort éclairage se mêlant à la lumière du jour mourant, donnait une ambiance féerique. L’air était tiède, et les gens se promenaient badauds …
 
  Des cubes en marbre, à même le sol, jalonnent cette rue, pour que les gens puissent s’assoir et se reposer. C’est très agréable. Tu peux rester là, assis,  des heures, à regarder …. A chaque instant c’est différent.

  J’étais assis, quand j’ai entendu une musique. C’était un violon qui jouait des airs de « Sarasate ». Je me suis levé et je me suis approché du lieu.
  C’était une gamine, 15 à 17 ans tout au plus, qui jouait. Elle a enchainé avec la « Symphonie espagnole de Lalo »
  Elle était assez menue. Un pantalon de velours moulait sa taille d’adolescente. Au rythme de la musique, son petit cul faisait des arabesques. Parfois elle se hissait sur la pointe de ses pieds pour arracher au violon quelques notes difficiles, qui s’envolaient …. magnifiques ! …
  C’était merveilleux. Cette gamine jouait avec toute son âme.
 
  C’était vraiment beau ! …

  Je n’ai pas pu m’empêcher, je me suis appuyé contre un petit arbre tout prés, et je me suis mis à pleurer !....
  Jamais dans aucune salle de concert cela ne m’était arrivé.
 
  Je n’ai pas honte de le dire, à cet instant, j’ai aimé cette gamine, et j’aurai voulu faire l’amour avec elle.

….. Et je pense maintenant à ces personnes, en manque de sexe sûrement, qui veulent légiférer contre des lois naturelles, qui ont géré le Monde depuis son origine !...


                              ………. « Un souvenir, c’est éternel !....»

                                                                       Julien Julia