vendredi 25 mai 2012

Le soulier

- « Comment t’appelles-tu ?
- Julien et toi ?
- Nicole »
  Elle marchait devant moi, me montrant le chemin, trottinant, ses petits pieds, nus, dansant dans des godasses trop grandes.
  Je l’avais trouvée le long du trottoir dans ce Barcelone insolite,
 petite française éperdue, de retour d’un été à Ibiza.
  A peine 18 ans et déjà flétrie, sans intérêt pour son vestimentaire, presque des loques. Mais sa jeunesse criait encore à la vie, au soleil.
  Petite fleur, malgré tout innocente, je la cueillais pour un moment d’extase qu’elle me donnerait contre quelques pesetas, que je lui donnerai et qui lui permettrait d’acheter sa dose de drogue, nourriture quotidienne.
  Elle avait le baiser innocent des filles qui se donnent sans détour.
  Son tressaillement entraina mon tressaillement. Mais je ne sais pourquoi, dans ce plaisir immense qu’elle me donna, dans cet attouchement avec l’infini,  je sentis passer le frisson de la mort !...
  Deux jours s’écoulèrent. Deux jours durant lesquels je ne pus décrocher ma pensée du souvenir de Nicole.
  Et je retournais à l’endroit où je l’avais rencontrée.
  Je parcourus toutes les rues avoisinantes, quand,  dans un coin, j’aperçus une de ses godasses.
  Deux policiers qui passaient à cet instant, virent la chaussure en même temps que moi.
  Pendant que l’un des deux « shootait » de son pied l’objet abandonné, je l’entendis dire à son collègue :
- « Tiens ! le soulier de la petite française !...tu sais bien, celle que nous avons trouvée ici …victime d’une overdose !... »
  Les policiers continuèrent leur chemin.
  Alors !... dans l’ombre … en cachette … furtivement … je pris le godillot de Nicole.
  Je le serrais contre ma poitrine, sur mon cœur.
…. Et je m’enfuis, comme un voleur !....

Barcelone, 5 Juin 1988

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire