A ma fille Nékanné...
Il était 23h.40 à l’horloge du Titanic ce 14 Avril 1912, quant un grattement sourd, de plus en plus fort, long dans le temps, mêlé de quelques secousses violentes, firent grincer toute la coque du transatlantique.
Les musiciens qui jouaient dans le grand salon des 1° classe, durent s’accrocher à leur chaise qui glissait sur le sol épousant la gîte du navire
Le Titanic venait de heurter un Iceberg.
Comme un cheval qui se cabre, le Titanic, ce navire orgueil des constructeurs qui le voulaient insubmersible, se dressa et en 2h.40 il réalisa sa descente aux enfers.
Ce furent 2h.40, d’épouvante, d’actes de bravoure, de panique, d’actions anodines, où le sauve qui peut cherche à s’émanciper de la décence, de préférer son droit à la vie, au droit à la vie des autres !......
Dans la cohue des gens cherchant à s’entasser dans la chaloupe° 3 qui venait d’être mise à la mer, un homme tenant par la main sa petite fille de six ans chercha a prendre sa place. Dans la violente bousculade dans laquelle il se trouva mêlé, sa petite fille fut arrachée de sa prise et dans le cohue générale tomba dans la mer.
L’eau était éclairée par les lumières blafardes du Titanic qui sombrait, et l’homme aperçut deux petits bras s’agitant au dessus d’une eau glauque, dans un lointain qui s’accélérait. Lui seul pouvait entendre en ce moment les cris de sa petite fille :
« Papa !.....Papa !.... »
D’instinct, l’homme se jeta à l’eau. En quelques brasses il rejoignit sa petite fille, pendent que la chaloupe s’éloignait avec force de l’endroit du naufrage, cherchant à éviter d’être entrainé dans le siphon que provoquerait inévitablement les derniers instants où le Titanic disparaitrait dans la mer.
L’homme arrivant prés de sa petite fille, celle-ci s’agrippa à son cou
« Oui papa à côté de toi je n’ai jamais peur !... »
Tous deux avaient revêtu le gilet de sauvetage imposé dans les cas d’urgence comme celui-ci, ce qui leur permettait de tenir la tête hors de l’eau.
L’homme sentait le petit corps frêle de la fillette essayant de se blottir contre lui, en quête d’un peu de chaleur. A son tour il essaya de la couvrir comme un manteau, mais sachant bien que contre l’eau glacée de la mer en cet endroit, c’était chose
Impossible. Maintenant il percevait les tremblements par saccades du corps frêle.
« papa, j’ai froid et ça me fait très mal !... »
« Ce n’est rien ma chérie, tu verras, il faut attendre un peu, bientôt tu n’auras plus mal, et nous serons avec maman. »
« Mais maman est au Ciel papa !... »
« Oui ma chérie, maman est au Ciel et je vois qu’elle nous fait signe qu’elle nous attend !… »
« Oh! C’est bien alors papa, alors nous serons ensemble tous les trois au Ciel, très bientôt, mais je voudrai que ce soit très vite, car j’ai très mal »
L’homme ramena la petite figure de sa fille contre sa joue, essayant comme par miracle de lui communiquer un peu de sa chaleur à lui.
Maintenant il suivait les soubresauts produits par le froid glacial de l’eau sur la fillette Lui-même commençait à grelotter et à trembler de froid.
« N’aies pas peur ma chérie, papa est avec toi ! »
« Oh!, je suis avec toi et je n’ai pas peur papa ! »
La voix de la fillette se faisait presque inaudible contre son oreille.
Quelques instants passèrent . L’homme suivait l’évolutions des tremblements de sa fillette contre lui. Soudain il senti le petit corps se bander comme un arc
semblant vouloir s’incruster en lui… puis le petit corps se détendit.
Alors l’homme couvrit de baisers la petite figure devenue un petit ange.
Il lui ôta son gilet de sauvetage, se défit du sien et serrant contre lui le petit corps de sa fillette, il se laissa glisser dans l’abime.
Julien Julia
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