jeudi 13 décembre 2012

L'Etron

                                                                  -  L ' E T R O N  -


 Il était là, monstrueux, phénoménal, obscène.
 Cet étron, cette sentinelle, cette Merde ….
 Libéré d’un ventre…on ne peut plus…
 Et posé là…presque au milieu, à peine sur le coté de la chaussée, de la rue « carrer del Quintal » de ce Barcelone insolite .
 Il trônait là, gouailleur
.                Forme parfaite , lisse, lustrée.
 Persillé de grumeaux mal digérés. Délicieusement chocolaté, il avait tous les aspect d’une chose succulente, lorsque en réalité, elle ne l’était pas, pour la simple raison, qu’elle l’avait été.
 On le devinait, moelleux, onctueux, non malodorant.
 Un véritable enfantement.
 On devinait le ventre qui l’avait conçu, élaboré.
 Et puis l’accouchement. La victoire.
 La peau flasque du ventre à sa libération.
 Un enfant.
 Un enfant de la nature. Respectable.
 Il resta là. Des jours durant, narguant la foule.
 Vindicatif !...
 Je l’admirais, le saluais du regard chaque fois que je passais.
 Le monde de la rue l’accepta, comme une chose à elle, comme une chose de la vie inéducable. Une sculpture parfaite de la vie.
 Les gens se donnaient de la peine pour lui, faisaient un contour dans un déplacement latéral de leur corps avec une inclinaison de la tête en passant, comme pour le saluer et évitant de le souiller de leur contact. 
                Tous les jours, j’allais le voir.
               Je participais à cette acceptation, tacite, obscure, cachée, inavouable, mais nécessaires.
               En le regardant, je philosophais : il était un lien dans l’échelle des valeurs : Avant, Après.
               Avant, il avait été : des choses. Après il rentrerait dans la composition d’autres choses. Le cycle éternel des reconstitutions.
               -« Rien ne se perd, Rien ne se crée, tout se transforme ! » -  nous disait notre professeur de philo ou de physique, je ne me souviens pas.
               Et puis, petit à petit, cette chose énorme, avec la couleur, perdit de sa structure.
               Elle devint un objet qui se rétrécit, s’amenuisa, se ratatina.
               Les gens en passant ne le contournèrent plus avec autant de déférence. « L’ingratitude de la vie », pensais-je.
               Quelqu’un le poussa même du pied pour le mettre dans un coin.
               Il était devenu dur. Il se déshydratait.
               Et  bientôt il ne devint et ne fut qu’une toute petite chose insignifiante, légère, qui s’en fut  avec quelques feuilles d’arbres et papiers gras, dans la pelle d’un balayeur.
       
       
                                          "RIEN NE SE PERD  RIEN NE SE CREE, TOUT SE TRANSFORME"
                                                                 -  SOIS GRAND  ET  TU  SERAS -
         

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