<<Le jour se meurt,
mais c'est pour mieux surgir ailleurs,
dans une Aurore triomphante.>>
Mon père est mort.
Ca n’a pas été triste.
D’abord il est mort, comme un chef :
Ce 25 Décembre, au petit matin, il s’est levé pour aller à la salle de bain. En passant, il a pu apercevoir, à nouveau, devant une chaise de sa chambre, son costume des Dimanches et la cravate neuve que venait de lui offrir ma sœur chez laquelle il devait aller manger ce jour de fête.
Et puis il a du se sentir mal, car on a retrouvé aux toilettes, la revue qu’il y avait amenée.
Il a regagné son lit, où il a été retrouvé mort quelques instants plus tard.
A son âge, somme toute, une belle mort.
Nous l’avons enterré dans le petit cimetière, face à la mer, de notre village natal : Cerbère.
Non ! … ce n’a pas été triste !...
Il y avait plein de soleil. Ce soleil de Méditerranée, qui donne de la brillance aux choses.
Beaucoup de fleurs dans la montagne.
Les oiseaux chantaient à la vie.
Et dans le mausolée familial qui s’ouvrait dans une petite chapelle, flanquée de droite et de gauche d’étagères sur lesquelles on déposait les cercueils et que l’on murait ensuite, il y avait une grande plaque horizontale destinée à recevoir mon père, car là-bas, chez moi, on ne met pas les morts en terre .
Le soleil baignait la chapelle pleine de fleurs.
Cela donnait presque envie de s’allonger sur la plaque restée libre, de joindre les mains, et d’attendre !...
Les mois ont passés.
Entre temps, j’ai fait transférer le corps de mon père, dans le nouveau cimetière du village, où il repose à côté de ma mère. Ensemble ils ont vécu, ensemble il est normal qu’ils soient.
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Un jour, dernièrement, je suis monté, à pied vers le cimetière, rendre visite à mes parents défunts.
La promenade ne m’est pas désagréable, car au passage je peux m’arrêter quelques instants sur l’esplanade du sémaphore d’où la vue farfouille une côte peut-être unique.
En effet, le regard perçoit nettement cette avancée, en forme de presqu’île, jusqu’au Cap Creux, tel le tronc d’un chêne immense, enfonçant les méandres de ses racines rocheuses, dans les profondeurs d’une eau couleur « lapis lazuli », nidation d’un des plus beau coraux du monde, le corail rouge « sang de taureau ».
Dans le vent, les idées passent et s’envolent. « Des fleurs, des rosiers, devant le bureau de mon père à Hendaye, et qu’il entretenait lui-même. Des roses magnifiques d’ailleurs, velours, rouges, jaunes, et juste après la dernière marche à coté de la porte d’entrée, cette branche de fenouil (anis) qu’il avait plantée là, lui-même après l’avoir amenée de sa terre natale » .
Mon père mâchant une branche de fenouil, en sortant de sa journée de travail, l’image m’en était restée fidèle dans ma mémoire.
Je suis passé devant le portail du nouveau cimetière. L’esplanade goudronnée et tapissée de gravillons blancs et roses était parfaitement propre.
A trente mètres en face, le mausolée de mes parents. Je m’approchais pour me recueillir.
C’est à cet instant que j’aperçus devant l’emplacement de mon père, une plante grasse s’échappant de la chape de béton.
Je me baissais pour arracher l’intrus.
Puis intrigué, j’en pinçais une brindille et la sentis :
« C’était du fenouil !.... »
Alors je me suis dit que cela signifiait que mon père était bien.
Et qu’il fallait que je le raconte.
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| La petite touffe de fenouil qui pousse juste devant le nom de mon père. |
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| On se demande comment cette petite plante peut être aussi saine dans ce sol sans terre et sans eau. |
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| Une vue générale où l'on voit bien que rien d'autre ne pousse. |
Il y a quelques jours, par une belle pleine lune, je suis monté au cimetière. La lune inondait de sa lumière blanche le mausolée de mes parents. La mer scintillait dans le contre bas. L’air était tiède. Les yeux s’habituant, on y voyait comme en plein jour.
A mon approche, une salamandre s’immobilisa sur une des parois horizontales, juste au dessus d’un des caveaux. Je voyais parfaitement le détail des doigts de ses pattes en forme de ventouses, lui permettant d’adhérer le corps vers le bas. Je comptais les gonflements rythmiques de sa gorge.
Nous restâmes un long moment à nous observer.
Puis, je fis un mouvement et la salamandre disparut par un petit espace prévu à l’entrée d’un des caveaux.
La vie habitait donc là, dans l’antre de mes parents ! ….



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