dimanche 24 juillet 2011

De la limitation à la concurrence

Cela faisait plusieurs années que je prenais mon pain à la même
boulangerie. J'aime le pain bien cuit, la croûte croustillante, et tous
les jours quand j'allais le chercher à la même boulangerie, la
boulangère glissait son bras sous son comptoir pour en retirer un pain
"bien cuit-à la croûte croustillante", glissé dans son petit sac en
papier, sur lequel on avait inscrit mon nom en grosse lettre "JULIA".
J'avais donc mon pain, cuiît spécialement pour moi. Ce n'est pas moi
qui avais demandé autant d'attention, et ce n'est pas les quatre vingt
dix centimes d'€uro que valait ma baguette pour que je puisse exiger
autant de sollicitude avec ma personne, mais c'était comme ça !...
Un jour pas trés loin de ma boulangerie, s'en ouvrit une autre, et je
pus assister au chamboulement dans les habitudes que cela créa à ma
boulangerie.
Celle-ci qui fermait de une heure de l'aprés midi jusqu'à vers quinze
heure, se vit obligé de se maintenir ouverte sans discontinuer depuis
son ouverture tôt dans la matinée, jusqu'à tard dans la soirée. Je
remarquais également que la clientèle avait nettement diminué, celle-ci
s'étant pratiquement divisé par deux depuis l'ouverture de la nouvelle
boulangerie. Il s'en suivit, que je vis plus souvent la patronne
remplaçer les ouvrières qui d'habitude me servaient, et sûrement
débauchées vue la baisse dans la vente de pain.
Bon!, pensais je. C'est l'effet de la concurrence.
Il s'en suivit, que quelques temps aprés, une troisièmer boulangerie
s'ouvrit, mais cette fois plus loin dans le quartier. Boulangerie
rutilante, nantie d'une quantité de variété de pains, à faire pâlir le
premier boulanger de France, et comme pas mal de mes concitoyens, je
tombais dans le panneau, j'abandonnais la boulangerie dans laquelle je
me servais, qui cuisait un pain spécialement pour moi, et qui le
gardait sous la table du comptoir, jusqu'à ce que je vienne le
chercher, dans la crainte, qu'il ne soit vendu à une autre personne que
moi.
Je dois avouer qu'un certain complexe m'envahi en regard de ma première
boulangerie, qui m'avait servi tant d'années. J'évitais de passer
devant afin de ne pas croiser le regard de quelqu'un à l'intérieur.
Bêtement je me sentais coupable de quelque chose, comme d'infidèlité.
Le temps passa... des mois....Puis un jour, par la force des choses,
pris de court, je me suis trouvé dans l'obligation d'aller dans la
boulangerie qui m'avait servi durant tant d'années et à mon entière
satisfaction. J'entrais, derrière son comptoir je vis la boulangère,
qui me reconnut. Elle eut un pâle sourire, comme un peu forcé à mon en
contre, puis je la vis glisser son bras sous son comptoir, comme
autrefois, et elle en tira un pain bien cuit, dans son petit sac en
papier, sur lequel en grosse lettre, comme autrefois était écris mon
nom "JULIA" pour ne pas qu'on se trompe et que l'on ne le donna à une
autre personne.
Je n'ai pas honte de le dire, en sortant, j'avais les larmes au yeux
!....

Cela me rappelle une autre histoire lorsque les Agences en Douanes
existaient à Hendaye, avant l'ouverture des frontières. Le travail
tournait fort, tout le monde travaillait bien. Chaque transitaire
faisait son bouleau, gagnait bien, sans embêter son voisin en essayant
de lui "piquer" quelque client. Il y en avait pour tout le monde comme
l'on dit, inutile de créer la pagaille.
Jusqu' au jour où un nouveau venu s'installa, et pour se créer sa
clientèlle,"" cassa" les prix, obligeant tous les confrères à s'aligner
sur lui, au détriment de la rentabillitée. L'inévitable arriva, ce
nouveau venu, fit faillite, déposa le bilan, disparut de la
circulation, mais hélas, n'amena pas avec lui, la Merde qu'il laissa
derrière lui.
....Alors, la Concurrence, oui !... Mais pas n'importe comment.



Julien Julia

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