A Mary-Jo ELDING ESPANA, médecin, qui aurait pu
être mon toubit et qui est toujours ma Muse.
julien
Ce fut long !....long !... Oh oui, très, très, long !...
Cette lutte de l’Âme, ou du « Moi pensant » pour ceux qui ne croient pas en l’Âme,
à réintégrer l’enveloppe humaine, après une longue et sérieuse intervention chirurgicale, précédée par l’inévitable anesthésie générale, à la suite de laquelle le corps plonge dans le néant, là ou il n’y a, rien, ni souffrance, ni passion, ni désir, ni bonheur,… rien…
Il semblerait que le corps se refuse, se trouvant bien dans ce « no man’s land » entre la Vie et la Mort, à repartir vers ce pour quoi il a été créé. Vers cette existence, cette vallée de larmes, inévitable passage vers cet « au-delà », que nous savons, mais auquel nous ne croyons pas.
Ce fut une angoisse, d’abord presque imperceptible, puis de plus en plus forte pour aboutir sur une souffrance confuse parce que généraliser.
Une torpeur provoquée par la volonté de vouloir bouger un membre et de ne le pouvoir. Le vouloir de l’âme et le refus du corps à obéir.
Puis peu à peu, l’Immatériel s’impose à la Matière, l’enferme et l’oblige à obéir.
Avec l’ordre retrouvé, tout s’apaise, le regard reprend sa vigilance, l’extérieur nous situe
et prend forme autour de nous.
C’est alors que j’ai compris que j’étais dans une grande salle semi obscure éclairée par quelques néons envoyant une lumière blafarde, et donc l’un, clignotant, donnait la perception du temps par l’égrènement de ses clignotements.
Aucune lumière naturelle ne pénétrait dans cette grande salle. Il parait que la plus part des sales de réveils des hôpitaux, sont ainsi installés dans les sous sol à l’abri des rayons du soleil.
Dans la pénombre environnante je pus dénombrer une trentaine de lit, et par quelques gémissements venus de droite et de gauche je compris que l’on venait de me transférer dans la salle de réveil.
Sur une tige verticale plantée à la tête de chaque lit on pouvait lire un N°. En tortillant ma tête comme je pus, je vis que j’avais le N° 15.
J’étais donc un Numéro. Tout ce qui était le Moi, tout ce que j’avais accompli dans cette vie était concentré, réduit, dans ce N° 15.
A ma gauche, quelques gémissements signalaient que le lit était occupé. Puis soudain les gémissements se turent. Une infirmière qui passait par là s’approcha, regarda, puis tirant le drap du dessus du lit couvrit la tête de l’occupant. Je compris que l’homme venait de mourir.
Dans un coin de la salle, assise sur un tabouret, une jeune infirmière, mignonne comme tout, grignotait un biscuit.
A ma droite, un jeune homme une jambe enveloppée par une montagne de bandelettes était suivi par une infirmière qui ne cessait de s’intéresser à lui. Elle tournait autour de son lit, arrangeait un coussin, passait sa main dans la chevelure du blessé dans un geste d’apaisement. Je ne me rappelle pas pourquoi alors je sus que c’était un pompier qui avait été blessé dans une intervention.
-« Bien sûr, pensais je, la jeunesse attire la jeunesse. Ce n’est pas moi, avec mes
87 balais, que je peu encore intéresser quelqu’un » .
-« Mademoiselle, j’ai un cadeau pour vous » , lançais je à cette infirmière.
Se retournant, attentionnée elle vint et se pencha vers moi.
Je glissais alors ma main sous la couverture, je saisis le « pistolet », ce petit pot de chambre que l’on donne au malade alité, et que je venais de remplir de mon pipi
et je le lui tendis.
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Allons !…. C’était bien la preuve, que ma carcasse avait bien réintégré :
-« La Chose ».
Julien Julia
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